Abdelwahab Belfkih, itinéraire d’un élu controversé

La région du Sud-est du Maroc a été longtemps marqué par les frasques d’un élu controversé, superpuissant mais dont la déchéance a été meurtrière.

La région de Guelmim (à 200 km au sud d’Agadir) se souviendra longtemps d’Abdelwahab Belfkih, mort ce 21 septembre. Il était un des élus qui ont empêché la mise en œuvre du Plan de développement régionaux (PDR) de la région Guelmim-Oued Noun. L’autonomie des régions en matière de PDR obéit à un certain nombre d’impératifs, dont la synergie entre provinces et communes et la concrétisation des orientations des politiques publiques de l’État.

À mi-terme, en 2018, deux conseils régionaux sur douze n’ont pas encore adopté de PDR. «Le conseil régional de Guelmim-Oued Noun a été suspendu par le ministère de l’Intérieur pour divergence entre les membres. Et celui de Draâ-Tafilalet n’est jamais arrivé au stade de vote», a expliqué une source de la Direction générale des collectivités locales (DGCL). Au fond, M. Belkih a été toujours le problème, accusé d’entraver le fonctionnement des instances régionales et de causer le report de plusieurs réunions de la commission de suivi de l’action de l’Agence régionale d’exécution des projets.

Plusieurs hommes d’affaires, la plupart soupçonnés d’avoir profité de leurs liens avec M. Belfkih ou son entourage pour obtenir des avantages ou des marchés publics, ont été jugés, mais ce dernier était le premier haut responsable politique visé dans ces affaires.

Son nom a été impliqué dans des affaires de dilapidation des deniers publics, d’abus de fonction et d’octroi d’indus privilèges. Des projets d’investissement menés par M. Belfkih ont été contestés à cause de leurs plans de financement, les contributions et engagements des partenaires publics, ainsi que l’absence de système de suivi et d’évaluation.

Fin 2019, une enquête a été lancée à l’encontre de 11 personnes, dont Abdelwahab Belfakih lui-même, naguère conseiller parlementaire du Parti de l’Union socialiste (USFP), pour une série de contraventions et de crimes, dont, notamment, faux commis dans un document délivré par une administration publique, faux commis dans une écriture publique ou authentique ou dans un enregistrement ordonné par l’autorité publique, mais aussi de s’être procureé frauduleusement des documents destinés à constater un droit ou d’accorder une autorisation. Il a été poursuivi conformément aux articles 354, 356, 358, 359, 360, 361, 366 et 129 du Code pénal. Le juge d’instruction de la première chambre de la cour d’appel d’Agadir a procédé à un interrogatoire détaillé des onze accusés, à leur tête l’ancioen conseiller parlementaire de la ville de Guelmim.

L’origine de l’affaire faisait référence à la plainte que le parquet a reçue de l’«Instance nationale de protection des biens publics » contre le parlementaire alors qu’il était chargé de la gestion des affaires collectives de la ville de Guelmim. La brigade nationale de police judiciaire de Casablanca avait préalablement entendu un grand nombre d’employés de la commune de Guelmim, d’élus, d’ingénieurs et de techniciens, à l’été 2018, dans le cadre de l’instruction d’un ensemble de dossiers de gestion financière, administrative et technique de la communauté de Guelmim.

Le 12 juillet 2018, la police a interrogé Abdelwahab Belfkih visé par douze plaintes pour corruption et abus d’autorité dans des transactions jugées suspectes. Les résultats de ces investigations ont été transmis au procureur du roi près la cour d’appel d’Agadir. Par la suite, un rapport accablant a révélé que la gestion par la municipalité de Guelmim d’un certain nombre de projets a été entachée de graves déséquilibres marquées de dilapidations de fonds publics.

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