Algérie: Des  «menaces extérieures» pour faire diversion

La démission du président Bouteflika a semblé représenter une demi-victoire pour le peuple algérien qui, dans la rue depuis plus d’un mois, réclame des comptes au Général Gaid Salah qui, lui aussi, a constitué un soutien infaillible au président déchu, jusqu’aux dernières heures, et ce, pendant plus de quinze ans.

Le chef d’Etat-major de l’armée, depuis 2004,  avait également soutenu la candidature de Bouteflika pour un cinquième mandat, s’engageant expressément, « au nom de l’armée, devant Dieu, le peuple, et envers le président Bouteflika », à garantir la sécurité des élections présidentielles, lui qui avait aussi présenté un rapport à Bouteflika, qui venait de rentrer de Genève, lisant ses notes sur un bout de papier à la main, selon des images de la télévision algérienne.


Sous la pression de la rue, il avait consenti à l’éviction de Bouteflika pour des raisons de santé, alors que le locataire du palais d’El Mauradia est malade depuis 2013, date à laquelle il a été victime d’un AVC et s’était présenté, l’année suivante, pour un quatrième mandat, en chaise roulante, sans animer un seul meeting. Bien évidemment, en recommandant la mise en œuvre d’un article de la Constitution, l’objectif serait d’ «éviter d’impliquer l’armée»  dans la politique, et surtout dans le choix des présidents et leur éviction, quand il le faut.

Ce même Général a fini, sous la pression de la rue, qui réclame sa tête pour avoir lui aussi cautionné, pendant des années, un système et un régime, qui ont perpétué la rente et conduit le pays à la déroute et la faillite, par mobiliser un Général à la retraite, Abdelaziz Mjahad, « un sanguinaire », selon des confrères, qui se serait illustré dans de graves tueries lors de la guerre  pour l’éradication du terrorisme, pour alerter sur une radio algérienne, le peuple algérien sur  «le véritable ennemi de l’Algérie»  et  « ses menaces potentielles et permanentes, anciennes et actuelles »  qu’est  le Maroc.

Il semblait en fait supplier les manifestants à rentrer chez eux, face « aux  sérieuses menaces extérieures »,  invoquées pour enrayer la mise en cause de l’armée par les manifestants. L’armée serait là uniquement pour défendre la patrie et se livre  actuellement à  des exercices militaires à Oran, pendant trois jours, en présence du chef d’Etat-major, qui dispose tout de même de tout ce temps, en cette période de grave crise interne. La chaine de la radio algérienne n’avait pas jugé utile de repousser les offres de l’armée, en jugeant la prestation de cet ancien gradé  d’ «hors sujet », compte tenu de l’impasse institutionnelle dans le pays, des limogeages et nominations  hors-Constitution, et surtout des messages de la rue tant aux politiques, héritiers du parti unique, qu’à l’armée.

*Journaliste et écrivain

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