Ali Lmrabet, souteneur inattendu des errements du régime algérien

Les doléances sur l’obsession marocaine de Ali Lmrabet sont passées en habitude. Il ne faut pas dissimuler le mal ; il ne faut pas non plus l’exagérer. Dans un nouvel article accordé au site Middle East Eye, la spéculation s’évertue jusqu’à ce qu’elle ait atteint le ridicule.

Un article sur Middle East Eye (un site spécialisé dans le Maroc-Bashing), encore. Y a-t-il fatigue intellectuelle chez Ali Lmrabet, ou dédain capricieux envers la réalité des choses ? Il nous en coûte moins de nous en tenir à la seconde explication. C’est peut-être par une vaine fantaisie ou par un entêtement d’opposition chagrine qu’il est sans cesse ramené à accabler son propre pays. Lorsque les événements ont si souvent trompé toutes les prédictions et confondu ses suppositions, il serait bien plutôt porté à se contenter de peu.

Qui d’autre que Ali Lmrabet pour défendre un régime algérien qui peine à s’assurer une certaine position à l’extérieur, et qui reste d’un autre côté toujours enfoncé dans un vrai fourré d’épines, dans ces affaires intérieures d’où il ne sait plus comment sortir ? Un régime qui flotte sans direction, à la merci de toutes les influences, sous le poids de toutes ces questions pendantes ou dangereuses qu’il soulève si négligemment ou qu’il laisse soulever autour de lui.

Ali Lmrabet, partisan de l’autorité des armes, des État voyous qui font acte d’ascendant par leur armée. Il est clair que dans aucune tête sérieuse il n’y a la pensée de compromettre la sécurité régionale. Il est clair aussi qu’un agent turbulent faisant la petite guerre médiatique contre son pays n’est pas la meilleure référence possible.

Le Maroc «se concentre sur un adversaire sur lequel il n’a pas de prise : l’Algérie» écrit l’ex-chroniqueur amusé. Pourtant, c’est le pouvoir algérien qui tient presque chaque semaine un Haut-Conseil de sécurité (HCS), qui regroupe les principaux hauts responsables de l’Etat, notamment le premier ministre, le ministre des affaires étrangères, son collègue de l’intérieur et le chef d’état-major de l’armée et le patron de la gendarmerie, pour acter des décisions contre le Maroc, qui côtoient l’absurde. Au delà des clichés éculés (le puissant lobby pro-israélien au congrès américain qui possède toutes les cartes) et des fausses assertions (bouleverser le fonctionnement de ses ambassades en Allemagne, en Espagne et à Bruxelles), Ali Lmrabet se fourvoie complètement. Luis Martinez, directeur de recherche SciencesPo-CERI et observateur plus crédible, a écrit avant quelques semaines que «l’Algérie ne perçoit plus le Maroc comme un rival, mais comme un potentiel ennemi», et qu’Alger instrumentalise dans les moments de graves crises la menace supposée que représente le voisin, pour contraindre ses opposants au silence.

L’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, décrété la fermeture «immédiate» de son espace aérien à tous les avions marocains, accusé Rabat d’être derrière les incendies en Kabylie, de soutenir le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) : une fiction dramatique défendue par Ali Lmrabet.

Le fait est que, depuis quelque temps, c’est en Algérie qu’une violente campagne de journaux se montrant singulièrement exigeante et acrimonieuse à l’égard du Maroc a eu lieu. Le régime, incapable de donner compte de ses fautes, des contradictions ou des défaillances de sa politique extérieure et intérieure, a démontré une sorte d’impuissance humiliante en créant des épouvantails pour prolonger la durée de sa vie. Le zèle mal entendu d’Ali Lmrabet envers un régime algérien impopulaire et sans légitimité ne traduit-il pas un bigotisme aveugle étroit et tracassier, alimenté par des écrits imbéciles ?

Ali Lmrabet cite la décision du Tribunal de l’Union européenne qui a suspendu temporairement deux accords commerciaux entre le Maroc et l’Union européenne (UE), l’un portant sur les produits agricoles et l’autre sur la pêche. Prenant un malsain plaisir à mentionner cela, il n’évoque guère le fait que l’UE et le Maroc se sont engagés à poursuivre leur partenariat commercial. «Nous prendrons les mesures nécessaires afin d’assurer le cadre juridique qui garantisse la poursuite et la stabilité des relations commerciales entre l’Union européenne et le royaume du Maroc», avaient affirmé le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, et son homologue marocain, Nasser Bourita, dans une déclaration commune.

Ce qui a conduit à ces extrémités hasardeuses dans les relations bilatérales entre Alger et Rabat, comment cette situation s’est produite et fatalement développée, on ne l’a pas oublié. Ce n’est pas le Maroc sans nul doute qui garde la première responsabilité de l’enlisement actuel. La guerre serait imminente, dit Lmrabet, l’Algérie se mettrait déjà ostensiblement sous les armes. Vœu dissimulé ? si l’Algérie cède souvent à des entraînements d’orgueil, la diplomatie marocaine croit en son autorité collective sur les affaires qui dépendent d’elle comme sur tout le reste. Que la diplomatie marocaine, dans ses différentes combinaisons, eût à tenir compte de ce qu’il y avait peut-être d’irréparable dans les derniers événements et à faire la part des succès, des intentions d’un pays conscient de ses droits, on n’en pouvait douter. Le Maroc compte sans cesse avec les principes les plus essentiels des droits et de la sécurité régionale.

La relation entre l’Algérie et le Maroc était toujours constituée de coups de théâtre, d’une série d’arrangements publics ou secrets par lesquels on s’était entendu d’avance sur ce qu’on pouvait se permettre mutuellement. Sauf qu’il se trouve en définitive que le régime algérien ne peut mettre fin à cette trêve des ambitions et des convoitises qui veulent s’emparer du dossier marocain. Une sorte de curée pour garder le contrôle, en somme.

Le Maroc fait un pas en avant, prend position sur cet échiquier troublé, plaide l’apaisement. Quant à l’Algérie, elle s’est visiblement réservé dans cet imbroglio le rôle le plus actif, le plus bruyant et le plus mauvais peut-être. De toutes parts, d’une manière ou d’une autre, l’étau se resserre sur le régime algérien, ses décisions immotivées s’en mêlent pour animer la scène, et un grand arbitraire reste le dernier mot de toutes ses combinaisons dont l’artifice consiste à déguiser son démembrement et à accuser le Maroc de tous les maux sous prétexte de donner plus de cohésion à la scène nationale. C’est là cependant ce qui s’appelle une œuvre de pulvérisation programmée.

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