Azeddine Ibrahimi : « la date de lancement de la campagne de vaccination reste tributaire du calendrier de livraison des producteurs »

Le Maroc a pris du retard dans sa campagne de vaccination. Cela est dû à la lenteur de la livraison des premières doses de vaccin, selon le directeur du Laboratoire de biotechnologie médicale à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat.

Les critiques se multiplient sur la lenteur des débuts de la vaccination anti-Covid au Maroc alors que le ministre de la Santé avait annoncé à maintes reprises que « les préparatifs vont bon train pour le lancement imminent de la campagne de vaccination contre le coronavirus ».

Le directeur du Laboratoire de biotechnologie médicale à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, Pr Azeddine Ibrahimi, explique que « le calendrier des livraisons de doses de vaccin au Maroc reste tributaire de la capacité de production mondiale de vaccins antipandémiques et de la compétition spéculative pour y avoir accès ».

Il affirme que les fabricants de vaccins sont confrontés au défi de la production de masse. « Il faut les capacités, les moyens humains et les matières premières », reconnaît l’expert.

« La capacité de fabrication mondiale des vaccins est toutefois limitée. Malgré le développement de vaccins en un temps record, les géants de l’industrie pharmaceutique ne seront pas en mesure de fabriquer les 10 milliards de doses nécessaires pour atteindre l’immunité collective, d’autant plus que les nations les plus riches se sont précipitées pour précommander des millions de doses », a-t-il poursuivi.

En outre, Azeddine Ibrahimi ajoute que « la plupart des principes actifs des médicaments et des vaccins sont produits en Chine ou en Inde ». « Nous devons accepter que la réception des premières doses des vaccins au Maroc est tributaire du démarrage de la campagne de vaccination en masse dans les pays où se trouvent les laboratoires qui fabriquent ces vaccins », a-t-il souligné, notant que « la course aux vaccins laisse augurer de grandes inégalités, entre surstock pour quelques pays riches et pénurie ailleurs ». [NDLR : selon la People’s Vaccine Alliance, même si les pays riches ne représentent que 14 % de la population mondiale, ils ont acheté 53% des vaccins les plus prometteurs].

A cet effet, le directeur du Laboratoire de biotechnologie médicale à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat souligne que cette crise a montré que le Maroc doit absolument avoir « une indépendance scientifique, notamment dans la recherche médicale qui permettra au Royaume de développer et fabriquer ses propres vaccins ».

Rappelons le gouvernement a annoncé le 24 décembre dernier avoir commandé 65 millions de doses des vaccins chinois Sinopharm et britannique AstraZeneca, précisant que les préparatifs pour le lancement de la campagne de vaccination ciblant 25 millions de personnes étaient « très avancés ». Aucune date pour le début de la campagne ou pour la réception des vaccins n’a toutefois été annoncée.

La campagne de vaccination, dont la gratuité a été décrétée par le Roi Mohammed VI, ciblera en priorité le personnel en première ligne dans les secteurs de la santé, de la sécurité et de l’éducation mais aussi les personnes vulnérables et âgées, avant de s’étendre au reste de la population. Un système informatique a été mis en place pour « l’enregistrement » des personnes ciblées par la campagne et « le suivi » de leur état de santé.

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