Boumediene, sans équivoque, en 1974 : « Nous sommes avec le Maroc pour la récupération de chaque parcelle de terre, y compris Sebta et Melilia »

La question du Sahara demeure, en dépit de l’abolition du parti unique,  le Front de libération nationale (FLN) et la proclamation du multipartisme dans la Constitution de 1989, un dogme de la politique extérieure de l’Algérie,  qui a porté un énorme préjudice au bon voisinage entre le Maroc et l’Algérie  et bloqué et freiné la  construction du Maghreb.  
L’implication de l’Algérie dans cette affaire a été opérée par le président Boumediene, en 1975, en violation de ses engagements personnels et publics au sommet arabe de Rabat, tenu du 26 au 29 Octobre 1974.

Voici le décryptage intégral de sa déclaration sur la question du Sahara :  
«La dernière fois, les frères (NDLR : SM le Roi Hassan II et le président mauritanien) ont jugé bon de travailler dans un cadre bilatéral. Le problème donc intéresse dorénavant la Mauritanie et le Maroc. Je dis donc que je suis d’accord et qu’il n’y a aucun problème. Je n’ai aucun problème de frontières ni aucun problème de territoire, mais le problème pour moi est un problème de sécurité aux frontières de mon pays. 
« Je suis chef d’Etat responsable d’une révolution. Si une guerre venait à éclater entre le Maroc et l’Espagne, cette guerre aura inévitablement des répercussions. Si une guerre venait à éclater avec l’Espagne, elle aura inévitablement des répercussions sur toute la région. C’est vrai, également, que les frontières qui séparent l’Algérie et cette région encore colonisée n’ont pas encore été définies. “ Mes frères, si donc le délégué algérien a essayé au cours du Conseil des ministres (arabes) de dire qu’il est nécessaire que les chefs d’Etat se rencontrent et discutent, cela ne doit pas être interprété comme si l’Algérie avait des problèmes ou voudrait  en créer. “ Bien au contraire, si les frères, Roi et Président, consacrent cette formule pour l’entente entre les deux pays et, en tout état de cause,  pour entamer la libération et la délimitation de ce qui sera la zone marocaine et de ce qui sera la zone mauritanienne, je serai alors parmi ceux qui consacrent cette formule. Qu’il soit clair, car ce point doit être clair et pour qu’il n’y ait plus aucune ambiguïté à nos relations avec la Mauritanie et à nos relations avec tous nos frères voisins de l’Algérie,  car il ne nous est pas possible de progresser, il ne nous est pas possible de construire notre pays, il ne nous est pas possible de vaincre les problèmes du sous-développement sans la stabilité, sans le facteur de paix dans la région. Et notre stratégie politique dans la région se fonde depuis un certain temps, c’est-à-dire le 19 juin 1965 sur ces données. Pour nous, ce sont là des données permanentes. “ Voilà donc, frères, comment j’ai essayé de résumer cette question et j’ai dit qu’il n’y a point de problème nullement entre moi et le Maroc, si nous avons gardé le silence ces derniers temps et si nous n’avons pas parlé c’est parce qu’il y avait un différend, je dirai une divergence de point de vue entre le Maroc et la Mauritanie. C’est là où réside le problème. Que mes frères et amis Sa Majesté le Roi et le Président mauritanien comprennent les intentions de l’Algérie et de façon définitive en ce qui concerne ce problème. Et j’aimerai classer ce dossier de façon définitive. Nous sommes avec le Maroc et la Mauritanie pour la libération de chaque parcelle de terre, non seulement du Sahara occidental ou le Sahara encore sous domination espagnole, mais également Sebta et Mellilia et toutes les îles encore sous domination espagnole. « Ce sont-là des attitudes historiques qui doivent être enregistrées et puisque nous parlons des problèmes du colonialisme, il nous faut être francs et de ma part et afin de lever toute équivoque et toute ambiguïté en ce qui concerne cette question. C’est ce que j’avais à dire et vous voudrez bien m’excuser car tous les frères savent que je n’aime pas dire un mot de trop et dans tout ce que j’ai dit si vous pensez que j’ai rajouté un seul mot, il faudra me le signaler ; et Sa Majesté le Roi et le Président mauritanien pourront le faire». 


Tels sont les engagements solennels du président Houari Boumediene, lors du sommet arabe de 1974, devant l’ensemble des chefs d’Etat arabes.
 Moins d’un an plus tard, le même président  renia ses engagements, décida de soutenir le Polisario et  de s’opposer au Maroc, devant la Cour internationale de justice de la Haye, et de contracter une alliance avec l’Espagne contre les revendications marocaines.
Pourquoi  ce revirement spectaculaire, alors que Bouteflika, alors ministre des affaires étrangères, signait à Rabat, en Aout 1974, un communiqué commun, réaffirmant que son pays n’avait « ni chameau ni chamelle » au Sahara, un communiqué publié par le journal El Moudjahid.  A son retour à Alger, Bouteflika découvre, non sans surprise, que son chef venait   entretemps, de changer de stratégie, et donc de désavouer sa démarche à Rabat. A l’époque, le monde était divisé en deux blocs idéologiques qui se disputaient les zones d’influence, dans le monde, L’union soviétique et les Etats-Unis d’Amérique.


 Boumediene redoutait-il que le Maroc en vienne, après la récupération du Sahara, avec la caution potentielle d’Alger, à remettre en cause les accords sur les frontières (signés à l’occasion du sommet africain du 15 juillet 1972 à Rabat),  et qui n’ont toujours pas été validés à cette date par le parlement marocain ! Cette dernière hypothèse reste, à mon avis, la plus probable.
Quatre ans plus tard (1979), la Mauritanie, sous la pression d’Alger et du Polisario, signait un accord secret avec le Polisario, pour lui rétrocéder la partie sud du Sahara, en violation des accords tripartites de Madrid et des engagements  contractés avec le Maroc. Hassan II anticipa, en décidant de reprendre le territoire abandonné par la Mauritanie, en mettant en échec les nouveaux plans d’Alger  d’encercler le Royaume sur son flanc sud.
Que les Algériens reviennent à ces déclarations solennelles et publiques de Boumediene pour se convaincre qu’en quelques mois seulement, leur pays était passé du soutien infaillible au Maroc à la création d’une république  fantomatique dans la région de Tindouf.       

*journaliste et écrivain

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