En Algérie, les ravages du “système-corruption”

La corruption en Algérie s’entend comme la mise aux enchères de parcelles de pouvoir de décision, au point de transformer tous les rouages du pays en marchandise. La fonction corruptive du système a évolué, affirme-t-on, au point de devenir la norme, dans la société et au sein même de la classe possédante.

Dans le cas algérien, «Daho Djerbal et Rachid Sidi Boumedine, deux intellectuels reconnus dans leur pays, n’analysent pas la corruption en Algérie comme l’effet pervers d’une absence de moralité chez nombre de responsables, ni la conséquence d’un manque de respect des règles de bonne organisation des pouvoirs publics. À leurs yeux, c’est un système d’organisation, un instrument de pouvoir qui régente l’État pour l’un, la société tout entière pour l’autre. Selon Daho, la rente pétrolière et foncière alimente une oligarchie qui règne sur une multiplicité de clientèles. En même temps, l’État détient la structure administrative et les leviers de pouvoir qui seuls donnent accès à la rente. Avec l’oligarchie, il prend en main les facteurs de production et exploite la main d’œuvre locale bon marché» écrit Orient XXI, le webzine dirigé par Alain Gresh. «Cette alliance de la classe-État et de l’oligarchie s’est structurée en un véritable système» de pouvoir analyse M. Daho.

Pour M. Boumedine, «qui connaît bien le secteur immobilier algérois, pose que la corruption doit être acceptée par la société pour fonctionner en tant que système. La gouvernance globale veille à l’asservissement et à la dépendance organisée de différentes couches du peuple qui doivent payer pour jouir de leurs droits légitimes. Le service public, en théorie gratuit et accessible à tous, est en réalité payé, d’une façon ou d’une autre, par son bénéficiaire. La famille, le village, la tribu abritent des réseaux qui fonctionnent selon le système du don et du contre-don, obligent les uns et les autres et construisent un système coercitif reconnu de tous. Les dirigeants de ces réseaux dominent les appareils d’État et sauvegardent ce dispositif illégal, mais nécessaire. En somme la légitimité sociale l’emporte sur la légalité» a-t-on indiqué.

«À l’occasion des nombreux procès de dirigeants de l’ancien régime algérien, l’opinion a pu entrevoir l’étendue du système, et aussi comprendre que les juges ont impliqué certains mais en ont oublié d’autres. Ce rejet politique du “système-corruption” se double d’une interrogation sur son avenir. L’argent ne peut servir deux fois. Dans les deux pays, la faiblesse de l’investissement — notamment dans le secteur-clef des hydrocarbures — et la fuite des capitaux scient la branche sur laquelle repose l’organisation de la société, compromettant sa reproduction. On attend avec impatience la suite des travaux de Assafir Al-Arabi pour estimer l’ampleur de la contagion du “ système-corruption” dans le monde arabe» a-t-on conclu.

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