Gazoduc Maghreb-Europe : le jeu autodestructeur de l’Algérie

L’Algérie a affirmé jeudi que l’ensemble des approvisionnements de l’Espagne en gaz naturel algérien seraient désormais assurés via son gazoduc reliant directement les deux pays, sans passer par le Maroc, a rapporté l’agence de presse officielle APS.

L’annonce, qui intervient deux jours après que l’Algérie a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec le Maroc, laisse entendre qu’Alger se passera du gazoduc Maghreb-Europe, qui relie l’Europe en passant par le Maroc. Lors d’une rencontre avec l’ambassadeur d’Espagne, le ministre algérien de l’Energie et des Mines Mohamed Arkab a affirmé «l’engagement total de l’Algérie à couvrir l’ensemble des approvisionnements de l’Espagne en gaz naturel à travers le Medgaz» qui relie directement les deux pays, selon un communiqué du ministère rapporté par APS.

Le ministre a souligné dans ce contexte «le récent projet d’extension de la capacité du gazoduc Medgaz» et rappelé selon APS «les efforts déployés par l’Algérie pour garantir la sécurité des approvisionnements en gaz naturel du marché espagnol». La semaine dernière, avant que l’Algérie ne décide de «revoir» puis de rompre complètement ses relations avec le Maroc, le royaume s’était dit favorable au maintien du gazoduc Maghreb-Europe, dont le contrat doit expirer en octobre 2021.

Outre le GME, géré par la société «Europe-Maghreb Pipeline (EMPL)» – à laquelle participent le groupe espagnol Naturgy et l’énergéticien portugais Transgas, ainsi que la SNPP marocaine et la Sonatrach elle-même -, l’Algérie fournit du gaz à l’Espagne et vers l’Europe par un autre gazoduc qui part du même désert et traverse la Méditerranée pour se terminer à Almería.

Connu sous le nom de Medgaz, ce gazoduc part de la ville de Beni Saf, parcourt 700 kilomètres jusqu’à la plage de Perdigal, sur la côte espagnole, et a actuellement une capacité de transport annuelle d’environ 8 000 millions de mètres cubes de gaz.

Gérées par Sonatrach et Naturgy, les deux sociétés travaillent ensemble pour augmenter leur capacité de 2 milliards de mètres cubes par an d’ici fin 2021, un montant qui ne compenserait en aucun cas une éventuelle fermeture du gazoduc Maghreb Europe.

L’Algérie perdrait ainsi la possibilité d’acheminer près de 6 000 millions de mètres cubes de gaz par an vers l’Europe, ce qui entraînerait de graves dommages à son économie qui traverse une crise sans précédent, laquelle est totalement dépendante des énergies fossiles : le pétrole et le gaz représentent 95 % de ses exportations annuelles.

Le Maroc est enclin à ouvrir le gazoduc à d’autres partenaires afin de bénéficier de l’impulsion des entreprises européennes, tandis que l’Algérie trouve peu d’alternatives, puisque son engagement auprès des méthaniers à travers Hyproc, la filiale de transport maritime de Sonatrach, ne suffit pas non plus à compenser le trou économique causé par la fermeture du GME.

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