Le spectre d’une scission plane sur le parti d’Abderrahim Bouabid

Séisme, désastre, effondrement, débâcle.. les membres du Conseil national de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) réunis en vue d’examiner les retombées des législatives du 8 septembre, n’ont pas trouvé les mots qu’il faut pour exprimer leur étonnement quant à ce score miséreux du parti qui n’a pu récolter que 35 sièges. Un score qui a dénudé un parti où les querelles des deux camps en conflit ont rendu impossible toute réconciliation, tellement ils sont allés très loin dans l’hostilité et l’affrontement.

Pourtant, tout semblait booster le parti en début de campagne, pour amasser le maximum de sièges, notamment son programme ambitieux basé sur des valeurs centrales qui faisaient sa gloire d’antan : l’égalité des chances, les droits des femmes, la justice sociale, l’emploi, l’enseignement, la priorité au secteur public. Seulement que depuis presque deux décennies le parti n’arrive plus à surpasser ses querelles internes et cet affrontement permanent des Hommes et des idées. Un USFP qui peine, après ses défaites précédentes à la fois aux élections législatives et municipales (2007, 2011 et 2016), à se reconstruire en un bloc restructuré assumant son rôle de grand parti d’opposition, guidé par les mêmes idéaux et valeurs novatrices qui ont fait jadis sa force et sa notoriété.

Loin de là, le parti de M. Abderrahim Bouabid offre aujourd’hui au mouvement socialiste de par le monde et aux Marocains en premier, un spectacle aussi triste que lamentable. Il s’enfonce dans une douloureuse situation de crise, marquée par des appétits personnels de pouvoir, alors que le débat d’idées, seul à même de consolider le parti, reste le grand absent dans la maison USFP, dont les locataires affichent ouvertement leur déception de voir le parti décalé des enjeux actuels.

En résumé, le parti se voit plus fragilisé et plus divisé après ces législatives. D’où l’impérieuse nécessité pour lui de se réinventer une crédibilité tant au niveau local, régional que national, s’il veut repousser le spectre d’une scission. Et puisque la crise s’envenime au fil des jours, le mot scission n’est plus tabou parmi les militants du parti, scindés en deux clans opposés sur l’idéologie et sur les hommes : le clan des durs (les radicaux), estimant que l’idéal socialiste n’a jamais été aussi piétiné, cherchent à dramatiser davantage une situation déjà compliquée. Ils sont animés par cette conviction que le parti ne gagnera jamais rien, ni en notoriété politique, moins encore en score électoral. Et le clan des modérés (les socialistes libéraux) qui croient fort au rassemblement en dépit des querelles internes et jurent que le parti saura surmonter les marques de dissension entre ses leaders.

Cette barrière qui oppose les deux clans et qui les empêche à se rassembler sur des idées communes et sur des hommes dignes de porter les idéaux de l’USFP, conjuguée à l’absence d’une ligne idéologique claire au sein de la direction actuelle, et à l’opportunisme de certains hauts cadres du parti, a fait que nombre d’intellectuels et cadres parmi les meilleurs militants, ont quitté le parti de Lachgar. Ils l’ont quitté parce qu’ils ne peuvent plus admettre une situation aussi lamentable qui fait qu’aujourd’hui, il n’y a que le RNI, le PAM et le parti de l’Istiqlal (PI) qui peuvent se frotter les mains.

Sommes-nous donc fondés d’affirmer que l’USFP est en manque de crédibilité. Et pour cause principale, la confusion d’idées qui nécessite une clarification idéologique entre les partisans d’une démocratie socialiste libérale (idéologie de troisième voie prônée par les socialistes français Bertrande Delanoë et allemands Schneider), et ceux qui défendent la ligne traditionnellement dure de l’USFP et ses alliances avec la gauche de la gauche (gauche radicale) et les communistes. Une opposition d’idéologie qui explique les raisons pour lesquelles les socialistes d’Europe, d’Afrique et du monde entier, ont perdu depuis les débuts du XXIᵉ siècle, beaucoup de leur brillance et de leur influence, permettant à la droite de remplir le vide en termes d’acquis sociaux et politiques. Ils se querellent sur des choix idéologiques alors que la plupart s’unissent au fond sur le «socialisme libéral» défendu par le théoricien socialiste, Bertrand Delanoë. «Je suis socialiste dans l’âme, mais le mot libéral ne me dérange pas», écrit-il dans son livre De l’audace !. Le parti très cher à grand nombre de Marocains, n’a donc pas besoin d’un nouvel affrontement ou d’une quelconque querelle d’étiquette. D’autant que la tendance socialiste d’aujourd’hui, se penche vers le socialisme libéral. Il a plutôt besoin de vrais grands hommes, à l’image d’Abderrahim Bouabid, Abderrahmane Youssoufi, Omar Benjelloun.. et autres leaders qui ont façonné le paysage politique marocain.

Et en l’absence de tels leaders prêts à se placer à la hauteur des enjeux, n’est-il pas impératif pour l’USFP de s’unir autour d’un seul discours et faire preuve d’une volonté commune d’assumer sa mission de parti progressiste et d’accompagner les citoyens vers un autre horizon ? Cette question vraiment cruciale est malheureusement diluée dans de petites considérations mesquines de personnes, alors que le débat d’idées reste le grand perdant.

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