Les présidentielles algériennes, dans un contexte de désaccord entier

A quelques jours des élections présidentielles, prévues jeudi 12 décembre, le désaccord politique reste entier entre les partisans de ce scrutin, notamment l’armée algérienne, qui estime que la crise, ouverte par la démission de Bouteflika, est d’ordre institutionnel et recommande en conséquence une élection présidentielle, et ses adversaires, adossés à la Grande Poste à Alger, plus particulièrement, depuis le 22 février dernier, pour réclamer un changement radical du système, le départ de ses symboles et une période de transition, en vue d’une refonte du processus électoral et l’élection, sur des bases nouvelles, de toutes les instances représentatives.

Le Hirak n’a pas baissé les bras, à l’approche de ce scrutin, alors que le chef d’Etat-major de l’armée, se montre déterminé à enrayer, avec fermeté, toute action qui tendrait à saboter ou entraver le déroulement de l’élection.

Le Hirak mobilise tous les vendredis des milliers de citoyens algériens, dans plusieurs villes du pays, pour manifester pacifiquement leur opposition à cette élection, tandis que l’armée rejette toute autre option, en dehors de l’élection d’un président, pour le règlement de la crise institutionnelle, qui a fait suite à la démission forcée de Bouteflika, lequel , malade, avait présenté sa candidature pour un cinquième mandat.

De l’autre côté, il ya les partisans de la thèse de l’armée, qui sont moins nombreux que les premiers, mais qui manifestent eux aussi, dans certaines villes du pays, y compris dans la capitale, à l’initiative notamment de l’UGTA (syndicat proche du pouvoir) dont plusieurs organisations professionnelles sectorielles se sont détachées ces dernières années, après la naissance de syndicats et de coordinations autonomes.

Ce divorce entre l’armée et le Hirak persistant, quel sera l’impact de ce mouvement, qui appelle au boycott, sur l’issue du scrutin ?

Les observateurs tant algériens qu’étrangers n’excluent pas, dans ces conditions, un faible taux de participation, qui risquerait par contre d’être quasi-nul en Kabylie, une région traditionnellement frondeuse, ou plusieurs dizaines de maires se sont publiquement joints au mouvement de boycott. Dans le cas d’une très faible participation, sachant que l’Algérie compte actuellement plus de 24 millions d’électeurs, et d’un boycott effectif de la grande Kabylie, qui regroupe les wilayas de Tizi Ouzzou, Bouira et Bejaia, notamment, quelle sera la position de l’armée ?

L’armée pourrait mobiliser ses effectifs (environ 600.000) pour cette élection, mais sa participation ne pourrait pas compenser un éventuel boycott, tél que pronostiqué par les observateurs.

Toutefois, et bien que l’armée ait invité les militaires à voter librement pour le candidat de leur choix, et dans les bureaux de bote, en civil, non pas dans les casernes, les voix des militaires viendraient sans doute soutenir le candidat qui aurait eu les faveurs de l’armée.

Annuler les élections, qui n’ont pas pu se tenir à deux reprises, le 18 avril dernier, en raison de la démission forcée de Bouteflika, puis le 4 Juillet, à cause de l’invalidation de l’ensemble des candidatures ?.

Cela risque toutefois d’éterniser la crise, pour plusieurs mois supplémentaires, avec tous les risques que cela comporte. Se satisfaire de cette élection, quelle que soit le taux de participation, y compris en Kabylie ?

C’est l’hypothèse la plus probable, car l’armée voudrait fermer cette parenthèse où elle aura été aux premières lignes, pendant plusieurs mois, face au Hirak. Elle devrait tactiquement se replier, en conservant la haute main sur les services de renseignements, jadis, rattachés au chef de l’Etat.

*La Grande Poste, Edifice colonial au centre d’Alger où le Hirak se donne RDV tous les vendredis
*Journaliste et écrivain

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