Maroc-Modèle de développement : les fondations d’un nouveau modèle de développement

Depuis quelques semaines, les Marocains, qu’ils soient des universitaires ou des experts économiques ou financiers, en plus de certains partis politiques ou organisations professionnelles, étaient nombreux à nous livrer leurs réflexions sur ce que sera le nouveau modèle de développement au Maroc, dont l’élaboration effective sera confiée bientôt à une Commission Spéciale , dont la création et la mission ont été définies par SM le Roi dans son discours du 20 Aout dernier.

Certes, les préoccupations sociales de la majorité des marocains sont avérées et se cristallisent principalement autour de la santé, de l’éducation, de l’emploi cet du logement qui demeurent, incontestablement, les fondations du futur modèle de développement du Maroc. Naturellement, la réflexion sur le modèle de développement n’est pas l’apanage exclusif d’experts économiques et financiers. Poser un nouveau modèle de développement, c’est aussi se donner pour autres objectifs prioritaires, l’éradication de l’analphabétisme, la réduction des disparités sociales et régionales, le désenclavement des zones rurales, l’accès aux prestations sociales, partout dans le pays, y compris le transport et la lutte contre certains fléaux sociaux graves, comme la mendicité.

Face à ces objectifs ambitieux, les marocains devraient participer à la réalisation de ces chantiers, en faisant preuve de civisme et d’un sens élevé de responsabilité, et en observant et en se conformant aux règles et aux contraintes de la vie en communauté (respect par les automobilistes des règles de conduite, céder le passage aux piétons, lesquels pour leur part, doivent emprunter les passages réservés à cet effet, et aux vieillards, propreté des plages et des sites publics, entretien des infrastructures et des biens publics, les bus de transport urbain, les trains…). L’effort de l’Etat et l’engagement des citoyens doivent aller de pair.

Certes, la tâche des experts sera capitale et décisive pour mesurer l’ampleur des programmes et quantifier les espaces et les catégories ciblés. Pour en arriver là, certaines mesures drastiques d’assainissement s’imposent, lesquelles mesures fournissent un gage des pouvoirs publics pour aller de l’avant dans l’exécution des objectifs escomptés.

Vient en tête de ces mesures la Suppression du parc-auto de l’Etat qui, en 2018, comptait 200.000 véhicules environ (M et J rouge), et dont le budget de fonctionnement (carburants), totalisait 200 millions de dirhams. Peine perdue, le parc auto, dont nous relevons tous les jours l’usage abusif, sera rénové à partir de 2019, par l’acquisition de nouvelles voitures hybrides et électriques, dans le cadre d’un plan progressif de renouvellement total du parc à l’horizon 2030. Il ya lieu de signaler que le parc auto du Maroc est supérieur à ceux des Etats-unis d’Amérique, de France, d’Allemagne et du Japon.

En deuxième lieu, il s’agira d’engager une Vaste campagne d’alphabétisation qui devrait constituer la priorité absolue des pouvoirs publics, via la mobilisation de toutes les infrastructures scolaires du pays, pour une campagne sans répit contre l’ignorance et l’analphabétisme, afin d’éradiquer au plus vite ce fléau préjudiciable au développement du pays et à l’épanouissement de 1/3 de la population marocaine, selon des sources officielles.

En troisième lieu, il va falloir lancer, en matière d’emploi, de nouveaux chantiers. Tous les scénarios probables et possibles devraient être étudiés pour la création de l’emploi, autre préoccupation majeure du pays, et la répartition équitable des cadres sur l’ensemble du territoire, via une décentralisation plus poussée de l’administration, qui demeure concentrée dans la capitale administrative. La mise en valeur de vastes périmètres agricoles et pastoraux à l’est et au sud du pays et le développement de l’élevage laitier, pourraient fournir au pays des perspectives réelles et importantes d’emploi, essentiellement pour les cadres techniques supérieurs. l’« énergie solaire », dont le Maroc maitrise aujourd’hui l’expertise, serait ainsi mise à profit dans ces grands chantiers pour le pompage de l’eau et l’électrification de nouveaux villages-pilote à vocation agricole. L’implication du secteur bancaire dans la promotion des investissements et le soutien des PME, constitue le deuxième volet des chantiers de l’emploi. SM le Roi a d’ailleurs souligné, dans son discours à l’ouverture de la session d’octobre du parlement, le rôle majeur attendu du secteur bancaire pour « pour un engagement plus ferme, une implication positive plus vigoureuse dans la dynamique de développement » que connait le Maroc. Les banques marocaines qui, depuis des décennies, gèrent et fructifient les transferts substantiels de la communauté marocaine à l’étranger vers leur pays d’origine, qui s’élève à plus de 6 milliards de dirhams en 2018 an, devraient réorienter une partie des capitaux vers le développement des zones d’origine des émetteurs, plus particulièrement. Elles devraient également réserver un pourcentage symbolique des transferts à la réalisation de programmes sociaux en faveur de la communauté marocaine à l’étranger et les enfants issus de l’immigration.

Le nouveau modèle de développement doit pouvoir, sur un autre plan, améliorer nettement le produit du secteur de la santé et l’assurance-maladie. La réflexion devrait tendre à la mise en place de grands pôles médicaux régionaux, couvrant l’ensemble des filières médicales, en introduisant les remboursements à 100/100 des caisses de prévoyance maladie pour les fonctionnaires et les salariés, et ce, pour le financement des équipements de toutes les filières du secteur et la motivation du personnel médical et paramédical. Elle doit viser aussi la rationalisation de la gestion des ressources des mutuelles de prévoyance médicale, via la fusion des organismes de prévoyance et le placement financier de leurs ressources. Les mutuelles devraient s’impliquer dans l’industrie pharmaceutique, via des prises de participation, et la fabrication des matériels médical et paramédical, pour la diversification et le développement de leurs ressources, en plus de l’extension du champ des bénéficiaires de la couverture médicale aux artisans et aux agriculteurs, et en concevant une nouvelle offre plus fiable par rapport à Ramed et donc en développant les ressources des organismes en charge de ce secteur.

L’Eradication des bidonvilles et de l’habitat insalubre demeure un objectif prioritaire. Aucun marocain n’admettra que ses compatriotes puissent désormais loger dans des bidonvilles ou vivre dans des conditions de précarité. Cela suppose l’élaboration d’une politique d’habitat, à destination des populations rurales et dans les périphéries des grandes agglomérations urbaines, pour fournir un logement décent aux populations ciblées, disposant du confort indispensable, notamment l’eau et l’électricité. Parallèlement, il s’agira de Stopper l’urbanisation des terres agricoles. Ces programmes et projets devraient s’accompagner d’une interdiction absolue de l’urbanisation des terres agricoles ou à vocation agricole, et ce, pour la sauvegarde et la préservation de notre parc en terres agricoles ou à vocation agricole. Une décision qui ne souffrira d’aucune dérogation, afin de stopper la conquête des terres agricoles dans les périphéries des grandes villes.

L’Administration devrait, pour sa part, enclencher la mise en œuvre des directives Royales, sur la Rotation des fonctionnaires aux postes de responsabilité. Conformément aux directives de SM le Roi dans ses discours de début de règne, l’administration marocaine, tous secteurs confondus, devrait mettre en application les directives Royales, enjoignant l’administration à opérer tous les quatre ans une rotation des fonctionnaires aux postes de responsabilité, pour imprimer de manière continue du sang nouveau à l’administration. Il serait bien évidemment souhaitable de réviser la loi sur les retraites, de sorte à pouvoir libérer des milliers de postes, à l’occasion des départs à la retraite à 60 ans, pour permettre le renouvellement des générations et des compétences, au sein de l’administration marocaine. La prorogation de la retraite à 63, voire 67 ans, retarde le renouvellement des générations et des compétences et ferme les perspectives la promotion devant les fonctionnaires.

L’effort de l’Etat devrait également tendre à l’Harmonisation de l’action de l’Etat. Plusieurs départements ministériels et des organismes de l’Etat, notamment des Fondations, mènent des missions identiques, ce qui provoque une dispersion des énergies et des moyens, et donc compromet la réalisation des objectifs escomptés. C’est le cas du ministère en charge de la communauté marocaine à l’étranger, aujourd’hui rattaché au ministère des affaires étrangères et de la coopération, le conseil supérieur de la communauté marocaine à l’étranger (CMPE), la Fondation Hassan II pour les RME, qui déploie en été, un personnel important aux portes du Maroc et en Europe, pour l’accueil des RME. Ainsi, pour mener la même mission, trois départements se partagent des budgets de l’Etat. Un constat s’impose. l’apprentissage de la langue arabe aux enfants des MRE a été un échec total parce que cet enseignement est dispensé aux enfants volontaires, en dehors des programmes scolaires des pays d’accueil, et sur le plan pédagogique, ne se donne aucun objectif (diplôme, examen). La plupart des instituteurs détachés envoyés en Allemagne ont profité de leur affectation en Allemagne, pour régulariser leur séjour dans ce pays. Il en va de même pour les missions religieuses en Europe, envoyées plus particulièrement en Europe au mois de Ramadan, et prises en charge par le gouvernement marocain, qui ne semblent pas produire les résultats escomptés. Il y aurait lieu d’en redéfinir l’objet et le contenu.

Pour mener à bien toutes ces tâches, les pouvoirs publics devraient disposer de moyens financiers colossaux. A cet effet, il va falloir réduire L’Endettement extérieur lequel pèse sur le budget de l’Etat. La dette extérieure du Royaume s’élève à plus de 33 milliards de dollars, et représente prés de 30 pour cent du PIB, ce qui est de nature à limiter la marge d’action de l’Etat dont le tiers du budget est réservé au remboursement de la dette. Le Maroc devrait se fixer un planning pour le remboursement de sa dette, de sorte à en réduire l’encours progressivement, et donc récupérer des fonds et les réorienter pour le financement du développement.

Quant à l’enseignement privé, qui atténue certes la facture de l’Etat dans le secteur de l’éducation, en accueillant quelques 700.000 élèves, il va falloir assurer le suivi de cet enseignement, en fixer les tarifs et la prime d’assurance-risque des élèves, pour parer à l’anarchie dans ce secteur et veiller -c’est la responsabilité de l’Etat- et assurer la protection des intérêts des élèves qui ont choisi le secteur privé.

*Journaliste et écrivain.

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