Massacre du 17 octobre 1961 : les mots cyniques et calculés d’Emmanuel Macron

«Emmanuel Macron a commémoré le massacre du 17 octobre 1961, en pointant la seule responsabilité de Maurice Papon. Il n’a parlé ni de colonisation ni de violences policières. Et encore moins de crime d’État» écrit Médiapart dans sa dernière édition.

Samedi 16 octobre, Emmanuel Macron a commémoré le 60e anniversaire du massacre du 17 octobre 1961, en mémoire « des travailleurs algériens tués ce jour-là par la police », alors qu’ils manifestaient contre le couvre-feu imposé par décret aux «Français musulmans d’Algérie», selon la terminologie administrative de l’époque. Aucun discours n’a été prononcé à cette occasion, comme l’avait fait Jacques Chirac en juillet 1995, avec le discours du Vél’d’Hiv’. L’Élysée a préféré produire un communiqué, adressé au moment où le chef de l’État s’entretenait encore avec les descendants des victimes.

De cet événement, il existe peu d’images, peu de témoignages enregistrés. La honte, l’impuissance ou les luttes intestines ont fait écran. Et la presse de l’époque reprenait la version officielle : «Violentes manifestations à Paris de musulmans algériens. […] Grâce à la vigilance et à la prompte action de la police, le pire – qui était à craindre – a pu être évité. […] Des Nord-Africains tirent sur des cars de police.» Dans un court texte, Emmanuel Macron a seulement évoqué «les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon», alors préfet de police de Paris. Des crimes «inexcusables pour la République» (et non de la République).

La responsabilité des dirigeants du FLN-France qui ont durci leurs actions pour être reconnus politiquement au moment de l’indépendance, au risque parfois de la surenchère, a été aussi passée à la trappe. Les dirigeants du FLN-France avaient considéré le couvre-feu du 6 octobre 1961 comme une menace politique majeure pour leur avenir. Malgré le manque de soutien politique en France, ils prennent le pari meurtrier de descendre dans la rue. C’est un risque énorme sur le plan humain d’une part, sur le plan politique d’autre part, puisque le FLN était isolé. Il a envoyé de centaines de personnes à un sort inconnu.

Le communiqué se conclut sur ces mots : «La France regarde toute son Histoire avec lucidité et reconnaît les responsabilités clairement établies. Elle le doit d’abord et avant tout à elle-même, à toutes celles et ceux que la guerre d’Algérie et son cortège de crimes commis de tous côtés ont meurtris dans leur chair et dans leur âme. Elle le doit en particulier à sa jeunesse, pour qu’elle ne soit pas enfermée dans les conflits de mémoires et construise, dans le respect et la reconnaissance de chacun, son avenir.»

Plusieurs mots ont été zappés du texte : colonialisme, indépendance de l’Algérie, crime d’État, police, autorités algériennes, libération, etc. «Or, l’Élysée a choisi de ne pointer que de la responsabilité du préfet Maurice Papon, sans même qualifier ses fonctions de l’époque» pointe Médiapart.

«On est bien en deçà de ce qu’on attendait. On est passés de trois victimes officielles à “plusieurs dizaines”, mais à part ça, 60 ans après ce massacre, on ne sait toujours pas qui en étaient les commanditaires et les complices. Papon sert de coupable expiatoire. C’est une occasion manquée pour la vérité, qui concerne peut-être le fait qu’il ne faut pas heurter des électeurs potentiels à six mois de la présidentielle…» a dit Mehdi Lallaoui, président de l’association Au nom de la mémoire interrogé par Médiapart.

«Samedi 16 octobre, cette responsabilité n’a pas été clairement nommée par Emmanuel Macron, qui n’entend pas, en pleine campagne présidentielle, se mettre à dos la droite et l’extrême droite qui saturent le débat public de leurs obsessions identitaires. D’autant que ces obsessions traversent également le gouvernement» note Médiapart.

Cela survient quelques semaines après des déclarations inattendues de d’Emmanuel Macron : «La construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? Ça, c’est la question. Il y avait de précédentes colonisations. Moi, je suis fasciné de voir la capacité qu’a la Turquie à faire totalement oublier le rôle qu’elle a joué en Algérie et la domination qu’elle a exercée. Et d’expliquer qu’on est les seuls colonisateurs, c’est génial. Les Algériens y croient» a-t-il affirmé.

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