Mexique : quand le “féminicide” devient une rubrique à part entière dans la presse

Le féminicide est un mot qui truste les Unes des journaux mexicains depuis plusieurs semaines après deux assassinats particulièrement atroces et médiatisés ayant suscité une vague d’horreur et d’émotion relayée par la presse partout dans le monde.

“Féminicide”, “violence de genre”, “femmes”, sont devenus des rubriques à part entière sur les sites de certains journaux mexicains comme El Universal ou El Sol de Mexico, mais aussi “tuer au Mexique” et surtout deux prénoms épinglés parmi les titres dominants de l’actualité : “Ingrid” et “Fatima”.

Ingrid Escamilla avait 25 ans, début février, quand elle a été assassinée par son conjoint qui l’a ensuite dépecée et éventrée puis lui a arraché des organes qu’il a jetés dans les toilettes de l’appartement où ils vivaient. Fatima, elle, est une fillette de sept ans qui a été portée disparue en fin de semaine, juste après que les responsables de son école l’ont laissée seule dans la rue parce que ses parents avaient 20 minutes de retard pour venir la chercher. Son corps, qui portait des traces de tortures, a été retrouvé quelques jours après dans un sac en plastique.

Dans la foulée, ces deux macabres meurtres très médiatisés ont constitué les féminicides de trop, provoquant colère et indignation dans un pays pourtant habitué à ce genre de violences à l’égard des femmes et de machisme et où l’on compte en moyenne dix femmes assassinées chaque jour.

C’est le journal El Pais, édition Amériques, qui livre cette statistique, et dont l’éditorialiste David Marcial Perez écrivait : dans “ce pays où l’on est habitué, ces dernières années à prendre le petit-déjeuner en lisant la liste des nouvelles les plus macabres”, les calvaires vécus par Ingrid et Fatima semblent avoir “éprouvé le seuil d’épuisement et d’indignation de la société mexicaine”. Le quotidien croit savoir qu’il y a un contexte de conscientisation plus large avec la montée récemment d’un mouvement féministe radical, qui n’hésite plus à user de la violence dans ses manifestations de rues pour faire pression sur les institutions et combattre enfin l’indifférence généralisée au sort des femmes.

Portant des vêtements noirs et certaines le visage couvert, les protestataires ont exigé du président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) la levée de l’impunité dont bénéficient les criminels et la fin de la violence sexiste. L’indignation était aussi palpable sur les réseaux sociaux avec les mots-clés #Justiciaparatodas (Justice pour toutes) et #Niunamenos (Pas une de plus). Une “grève nationale des femmes” est prévue le 9 mars au Mexique pour protester contre la recrudescence des violences à l’égard des femmes avec un soutien général des responsables politiques, du président jusqu’aux membres du Congrès. L’initiative a été lancée par le collectif féministe Brujas del Mar, originaire de l’Etat de Veracruz (est), avec le slogan “El nueve ninguna se mueve” (“Le neuf personne ne bouge”).

En réaction à cette annonce de grève lancée à travers les réseaux sociaux le président Lopez Obrador a souligné que “les femmes manifestent, elles ont toutes ce droit, elles sont libres. Notre gouvernement garantit le droit d’être en désaccord”, assurant que les femmes choisissant de faire grève ne subiront “pas de représailles”.

De leurs côté, des responsables politiques, dont la maire de Mexico, des instances judiciaires, des sénateurs et députés ainsi que des universités publiques et privées, ont indiqué avoir ordonné de ne pas prendre de sanctions contre les grévistes.

Maria Salguero, géophysicienne, a créé une carte sur son site feminicidios.mx. Elle a recensé 3.825 meurtres de femmes en 2019. Un chiffre en contradiction avec celui du gouvernement, qui en dénombre 1.006.

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