Mounia Bennani-Chraïbi : «le PJD paye les politiques impopulaires qu’il a menées»

Mounia Bennani-Chraïbi, sociologue du politique à l’IEP de l’université de Lausanne a exprimé son grand étonnement de la déroute du parti islamiste PJD aux législatives au Maroc, qui s’est confirmée avec les résultats complets des élections communales et régionales publiés vendredi.

«On s’attendait à une claque pour le PJD, mais pas à ce point. L’ampleur de la défaite est une surprise» a déclaré Mounia Bennani-Chraïbi, sociologue du politique à l’IEP de l’université de Lausanne. «On est face à la défaite d’un parti qui avait des bases militantes et qui avait suscité des espérances au-delà de ses bases. Pour ces gens-là, le PJD n’aurait été qu’un parti comme les autres. La sanction du PJD est à la mesure des espérances qui ont été placées dans ce parti» a déclaré la chercheuse.

En France, on avance que «la défaite du PJD est politique et idéologique». «On n’a pas pris en considération ce qui vient de se passer dans les élections du Maroc, je pense que c’est un élément très important. Pour la première fois par les urnes le mouvement islamiste a été battu, platement battu, et là on devrait nous s’en réjouir» a déclaré Julien Dray lors d’une émission de CNews, une chaîne de télévision française d’information nationale en continu. «Les islamistes qui étaient au pouvoir depuis dix ans sont passés de 120 députés à 13 députés, y a eu une augmentation de la participation, c’est une défaite historique» a-t-il précisé.

Au niveau national, le Parti de la justice et du développement (PJD), au pouvoir depuis une décennie, essuie une défaite d’ampleur inédite avec seulement 13 députés élus contre 125 dans l’assemblée précédente, selon les résultats du ministère de l’Intérieur après dépouillement de la totalité des bulletins.

Pour sa part, l’avocat Gilles-William Goldnadel a déclaré que «le Maroc est plus démocratique l’Algérie. C’est marrant on parle beaucoup [dans la presse française] dans la “république sahraouie” mais en revanche il n’y a pas question de parler de la Kabylie» a-t-il pointé, ajoutant que «l’Algérie s’est construite sur le ressentiment contre la France, le Maroc regarde l’avenir. Ce n’est pas spécialement une source de sympathie pour les médias conformistes français.»

En juin, les élections législatives anticipées en Algérie, un scrutin rejeté par le mouvement contestataire populaire et une partie de l’opposition, ont été marquées par une très forte abstention. Enjeu principal pour le régime discrédité, le taux de participation national n’a atteint que 30,20 %, le score le plus faible depuis au moins vingt ans pour des législatives, avait annoncé le président de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Mohamed Chorfi.

Alors qu’au Sahara marocain les taux de participation ont avoisiné les 70 %, en Kabylie (nord-est), la quasi-totalité des bureaux de vote avaient fermé à Béjaïa et Tizi Ouzou, les villes les plus frondeuses de la région berbérophone, selon la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) et le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), qui ont évoqué un taux de participation de presque 1 %. Des échauffourées ont éclaté dans plusieurs communes avec saccage des urnes, et les forces de l’ordre avaient procédé à des dizaines d’interpellations, la LADDH et le CNLD.

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