Pegasus : selon Jean-Marc Morandini, «le Maroc a le droit de se défendre devant la justice, qui tranchera le fond de l’affaire»

Le Maroc, lié sans preuves à une enquête controversée sur le logiciel d’espionnage Pegasus, multiplie les attaques judiciaires en France contre des médias ayant versé dans le sensationnalisme, notamment via des procédures en diffamation à la recevabilité qui sera toutefois débattue le 6 décembre.

«Pour être honnête, j’ai un peu du mal à comprendre pourquoi le Maroc ne pourrait pas se défendre face à ces accusations [l’affaire Pegasus, NDLR], c’est quelque chose d’ordre juridique. C’est normal que ce pays puisse se défendre devant la justice, qui devra trancher à la fin», s’est exclamé le journaliste Jean-Marc Morandini lors d’une émission qu’il anime sur Cnews en réponse à ceux qui s’indignent que «la rédaction de l’Humanité [soit] visée par une plainte d’un État tiers» et qui réclament «le soutien de leurs pairs et, surtout, de l’État français [qui] tarde à venir.»

Selon nos sources, le quotidien communiste L’Humanité redoute une grande amende financière qui compromettra sa survie, alors qu’il souffre, depuis plusieurs années, de la baisse des recettes issues des ventes en kiosques et des abonnements, et des revenus publicitaires. Début 2019 il s’était déclaré en cessation de paiements en janvier et avait été placé quelques semaines après en redressement judiciaire avec poursuite d’activité. Un plan d’économies avec suppression d’une quarantaine de postes a permis de réduire l’hémorragie avant qu’un plan de continuation ne soit validé in extremis par un tribunal de commerce. Toujours selon nos sources, l’avocat Olivier Baratelli, qui représente le Maroc, est visé par une série d’articles dénigrants rappelant le fait qu’il a porté les affaires opposant le groupe industriel français Bolloré à de nombreux médias.

Lors d’une audience de procédure devant la 17e chambre correctionnelle mardi 27 octobre, le parquet a fait savoir qu’il requerra l’irrecevabilité des citations directes. Mais selon l’avocat du Maroc, “le Royaume ne refuse pas et ne redoute pas une audience sur l’irrecevabilité”, déplorant un “artifice de procédure, créé de toutes pièces par les prévenus pour tenter d’esquiver le débat de fond”.

Le Maroc est “parfaitement recevable”, a-t-il insisté, soulignant “toute la détermination du Maroc à poursuivre en diffamation tous ceux qui ont pu prétendre que le Maroc avait utilisé le logiciel Pegasus. C’est rigoureusement faux”.

Le 22 juillet, le Maroc avait lancé une première procédure en diffamation contre Amnesty et Forbidden Stories, les deux organisations ayant obtenu une liste très polémique de numéros de téléphones supposément ciblés par les clients de Pegasus, logiciel développé par le groupe israélien NSO.

Une première audience procédurale concernant cette affaire a eu lieu le 15 octobre devant la chambre spécialisée en droit de la presse. Si une jurisprudence récente de la cour de cassation a jugé qu’un État ne pouvait pas engager de poursuites en diffamation publique, l’avocat de Rabat insiste à dire que l’État marocain est parfaitement recevable puisqu’il agit aussi pour le compte de ses administrations et de ses services. M. Baratelli entend ferrailler contre cette jurisprudence défavorable.

Pour rappel, le ministre marocain de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, avait déposé à Paris une plainte en dénonciation calomnieuse à l’encontre de Mediapart et de son directeur de publication Edwy Plenel, selon l’avocat Me Rodolphe Bosselut.

Le ministre entend contester les allégations insidieuses et les calomnies colportées par ces médias qui portent des accusations graves, contre des institutions qu’il représente, sans avancer la moindre preuve concrète. Le ministre a dénoncé encore une cabale médiatique.

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