Pourquoi faut-il boycotter le quotidien français Le Monde ?

Le quotidien français Le Monde a publié, vendredi, deux articles consacrés à la « régression » de la liberté d’expression au Maroc. Sans mettre les pieds au Maroc, l’auteur, Frédéric Bobin, a dépeint un tableau noir pire que ce qu’on entend sur la Birmanie et la Corée du Nord.

Le journaliste colporte de graves accusations sur la base d’un entretien avec Maati Mounjib, un opposant certes, mais néanmoins poursuivi pour évasion fiscale, détournement et blanchiment d’argent en provenance de l’étranger en faveur d’un centre de recherche qu’il dirige. Frédéric Bobin n’a pas cru bon d’interroger l’autre partie, en l’occurrence les autorités marocaines, pour faire montre de neutralité, comme l’exige la déontologie du métier. Comble de la complaisance, Frédéric Bobin n’a même pas posé à Mounjib une question sur les causes des poursuites judiciaires. 

Il aurait dû le questionner sur l’évasion fiscale, sur ses huit comptes bancaires, les cinq de son épouse et les autres de sa sœur, et sur son soudain enrichissement spectaculaire. Rien de tout cela. «Le Monde» est ainsi fait. Même quand les journalistes Catherine Gracier et Eric Laurent avaient été pris en flagrant délit de chantage sur le Palais Royal, la presse hexagonale, Le Monde compris, avait cherché plutôt à les protéger.  Et quand la Direction Générale de la Surveillance du Territoire du Maroc (DGST) a filé le tuyau à son homologue française qui lui a permis d’éviter un carnage à Béziers, la presse française, Le Monde compris, n’en a fait aucune mention. Incompétence ou consignes? Pour une presse donneuse de leçons et critiquant la presse marocaine aux ordres du Makhzen, c’est plutôt lamentable. La France a son État profond, plus profond que le Makhzen marocain. Et il ne loge pas à l’Elysée.

Le Monde prend également fait et cause pour Omar Radi et Souleymane Raissouni, deux journalistes poursuivis dans des affaires sexuelles, le premier pour avoir violé sa collègue Hafsa Boutahar, et le second pour séquestration et agression sexuelle sur le jeune Mohamed Adam. Sans prendre la peine de contacter les présumées victimes pour écouter leurs versions, le quotidien reproche aux autorités marocaines d’avoir appliqué la loi. 

Pourtant, dans l’affaire du journaliste Patrick Poivre d’Arvor, Le Monde s’est rangé instinctivement du côté des présumées victimes, sans prendre la version du présumé agresseur. De même, la presse française n’a pas hésité à descendre le célèbre journaliste de Canal+, Pierre Ménès, pour sexisme. La direction de Canal+ vient même d’annoncer sa suspension. Enfin, n’est-ce pas Le Monde qui s’était précipité sur l’affaire du politologue français Olivier Duhamel accusé de viol et d’agressions sexuelles sur son beau-fils, bien avant que Duhamel ne reconnaisse les faits lui-même?Tarek Ramadan avait été écroué et médiatiquement lynché bien avant sa mise en examen.

Pourquoi alors deux poids deux mesures ? Les victimes françaises valent-elles mieux que les marocaines ? Non! La femme marocaine vaut autant que la française, la malienne, la guatémaltèque, etc. Du moins c’est ce que l’Etat et les défenseurs français des droits humains et de la cause féminine clament. Tiens! Il existe même une ministre déléguée auprès du premier ministre Jean Castex, chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Egalité des chances, en la personne d’Elisabeth Moreno.

Alors, s’agirait-il simplement d’un règlement de compte politique dicté d’en haut. Ce qui expliquerait que Le Monde appuie ses articles par un post sur les réseaux sociaux, en soutien à Souleymane Raissouni et Omar Radi, sous le titre: « Au Maroc, le climat répressif se durcit contre la presse ». Provoquant un cri de cœur d’une des victimes marocaines, Hafsa Boutahar qui explose de colère sur Twitter: Pourquoi? « Quels sont les objectifs derrière ce soutien des médias français à des personnes accusées de viol au Maroc »?

En fait, même en France, Le Monde est décrié par son lectorat. A titre d’exemple, dans l’affaire de Patrick Poivre d’Arvor, une lectrice parisienne s’indigne de la manière dont Le Monde a traité le sujet. Voici des extraits de la lettre adressée par Caroline Papazian au quotidien :

«Je suis, comme beaucoup d’autres, une fervente lectrice de votre journal depuis toujours. Je vous contacte aujourd’hui parce que je suis déçue de l’article du Monde publié le 15 mars relayant de nouvelles accusations contre Patrick Poivre d’Arvor. Vos journalistes ont donc mené l’enquête (…) Plusieurs éléments m’interpellent et m’empêchent de voir dans ce papier une démonstration d’honnêteté intellectuelle et d’équilibre des points de vue (…) Peut-être les journalistes ont-ils cru donner plus de poids à la parole de ces femmes en la relayant de manière si exhaustive».

Et de poursuivre : «Puis-je me permettre de signaler à vos journalistes que s’ils souhaitent rendre eux-mêmes la justice, les reconversions professionnelles, même tardives, sont tout à fait envisageables ? Si néanmoins, ils conservent une haute idée de ce qu’est leur métier, qu’ils contribuent à la libération de la parole des femmes de manière pondérée, équilibrée et responsabilisée (…) Qu’ils grandissent le lecteur en lui présentant les positions de chacun. Qu’ils gardent une distance sur leur sujet (…) Mais présentez-nous une information complète, une enquête qui ne soit pas simplement à charge et ne cherchez pas à convaincre par l’humiliation».

Un vrai réquisitoire d’une lectrice assidue en perte de confiance en son journal. Et elle n’est pas la seule, de l’aveu même du quotidien.

En effet, dans sa réponse, Le Monde écrit : «Votre message soulève certaines questions qui nous sont régulièrement posées à l’occasion de la publication d’articles consacrés aux violences sexuelles».  Autrement dit, Le Monde reconnaît que ses lecteurs se plaignent «régulièrement» de sa partialité.

Le Monde ajoute que «Le travail effectué par les auteurs de l’article consacré aux accusations contre Patrick Poivre d’Arvor a consisté à recueillir les témoignages de nombreuses femmes, qui ont toutes décrit le même mode opératoire, et à s’assurer de la crédibilité de ces témoignages. Et si certaines ont choisi de garder l’anonymat, je pense que l’on peut en comprendre les raisons et ne pas penser pour autant qu’elles ont affabulé».

Ainsi, Le Monde dit avoir recueilli les témoignages des victimes et affirme même ne point douter de l’affabulation de celles ayant témoigné sous le sceau de l’anonymat !!!

Mais, a-t-il seulement pensé donner la parole aux présumées victimes marocaines de Raissouni, de Omar Radi et aux nombreuses victimes de Taoufik Bouachrine ?

Le Monde reconnaît ainsi sa partialité et son traitement différent de ce genre d’affaires dès lors qu’il s’agit de du Maroc.

Dans l’affaire du politologue Olivier Duhamel qui a violé et agressé sexuellement son beau-fils, Le Monde a remué ciel et terre dénonçant violemment le violeur.

«Ainsi, l’affaire Duhamel – à laquelle certains nous reprochent d’avoir accordé trop de place – n’est pas seulement un triste fait divers, mais bien l’expression emblématique d’une brèche ouverte dans la loi du silence qui emprisonne depuis toujours les victimes d’inceste», écrit Le Monde.

Encore deux poids deux mesures. Le Monde épingle Duhamel et absout Raissouni, présumé coupable d’agression sexuelle sur un jeune homme que la défense et la famille de Raissouni harcèlent pour se désister. Pourquoi implorer le désistement si Raissouni est innocent?

Se cacher derrière la liberté d’expression et d’opinion pour dénigrer le Maroc n’est plus un argument qui résiste à la réalité. Le Monde qui colporte ces accusations et bien plus est en vente libre au Maroc. L’AFP et la chaîne France 24 qui ne ratent aucune occasion pour tirer à boulets rouges sur le royaume et ses institutions opèrent en toute liberté sur l’ensemble du territoire marocain. 

Fini le temps où Le Monde circulait sous le manteau, où les photocopies des articles épinglant le Maroc s’échangeaient à Rabat de main à main à l’abri des regards indiscrets. C’était jusqu’au début des années 90. Alors, où est l’entrave à la liberté de la presse? Où est le durcissement?

En Afrique francophone notamment, Le Monde faisait incontestablement autorité. Pour un chef d’Etat africain, être dans les bonnes grâces du Monde, signifie qu’il est un «bon élève» et que la France est contente de lui. C’était, avec l’Agence France Presse et Radio France International, un outil de pression de l’Hexagone pour obtenir les contrats juteux et un canal de rappel à l’ordre des dirigeants de ses anciennes colonies. La chaîne publique France 24 a rejoint la troupe plus tard, constituant ainsi un vrai arsenal de guerre, de pression, voire d’extorsion, financé par le budget public et contrôlé, non par le locataire de l’Elysée, qu’elle que soit sa couleur politique, mais par l’Etat profond qui veille aux intérêts stratégiques du pays. 

Les chefs d’Etat africains le comprennent bien parce qu’ils le vivent et le disent en off. Les populations africaines le comprennent de plus en plus et ne se laissent plus berner et refusent de recevoir des leçons de l’ex-colonisateur. Au Maroc, les ventes du quotidien Le Monde se rétrécissent chaque année comme peau de chagrin. D’ailleurs, Le Monde n’a plus de correspondant au Maroc. Aux médias français, qui chassent comme une meute dès qu’il s’agit du Royaume du Maroc et à ceux qui les actionnent et qui n’hésitent pas à manipuler des marocains résidant à l’étranger contre leur pays, Rabat avait déjà montré que le chantage ne passait plus et la négociation doit obéir aux règles strictes et claires de la diplomatie. Les peuples africains, notamment au Sahel disent clairement et publiquement non au paternalisme français.

Les Africains, officiels et populations, doivent boycotter ces médias pour exiger de la France d’apprendre à traiter d’égal à égal avec les Etats d’Afrique et à respecter leur souveraineté, leur dignité et leur spécificité, à nommer chez eux des ambassadeurs et de vrais diplomates, pas des résidents, car l’ère du colonialisme, du protectorat, du pré carré est à jamais révolue.

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