Rupture Maroc-Algérie : le gazoduc Maghreb-Europe (GME), victime collatérale ?

L’Algérie est le premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne. Les deux pays sont reliés depuis 1996, via le Maroc, par le gazoduc Maghreb Europe (GME), dont la construction a été entamée en 1994, et qui alimente également le Portugal.

La récente décision de l’Algérie de rompre les relations diplomatiques avec le Maroc a accru l’incertitude et l’inquiétude quant à l’avenir stratégique du gazoduc Maghreb-Europe (GME) qui, depuis sa mise en service en octobre 1996, a acheminé des millions de mètres cubes de gaz du désert algérien vers l’Espagne. Ce gazoduc qui traverse le territoire marocain est vital pour les trois pays et pour l’Europe.

Le Maroc s’est engagé à poursuivre sa collaboration avec l’Algérie, et a donné son accord au maintien sur son territoire du gazoduc reliant les gisements de son voisin à l’Europe. Bien que le flux n’ait pas été interrompu, la possibilité d’un changement significatif de ses conditions actuelles et même d’une fermeture se profile désormais plus fortement, car le contrat signé expire le 31 octobre sans que les négociations pour le prolonger ne semblent progresser, écrit l’agence EFE.

Il y a quelques jours, la directrice générale de l’Office marocain des hydrocarbures et des mines, Amina Benkhadra, a assuré que Rabat était favorable au renouvellement du contrat de la dite l’autoroute du gaz, «un pipeline de plus de 1 400 kilomètres de long par lequel transitent près de 9 000 millions de mètres cubes de gaz chaque année.» «La volonté du Maroc de maintenir cette voie d’exportation a été clairement affirmée de manière constante, à tous les niveaux, depuis plus de trois ans», a déclaré Amina Benkhadra à l’Agence marocaine de presse (MAP).

Un enthousiasme que l’Algérie ne semble pas partager, selon les déclarations d’analystes locaux cités par des médias d’Etat, comme l’agence de presse locale APS qui, dans une dépêche publiée le 21 août, a qualifié l’intérêt du Maroc de «factice». La Sonatrach, pour rappel, est propriétaire et opérateur de la section algérienne du gazoduc (environ 520 km) qui va de Hassi R’Mel à la frontière avec le Maroc ; la section marocaine (environ 522 km) est propriété du Royaume chérifien, la section andalouse (San Roque) fait environ 270 km de long tout comme celle de la section portugaise, sans compter la section de 270 km en territoire de la communauté autonome d’Estremadure.

Considérée comme clé de la politique énergétique méditerranéenne, l’exploitation du GMC, fruit du partenariat entre la société espagnole Enagas et la société nationale algérienne des hydrocarbures Sonatrach, nécessite une collaboration étendue et constante entre Alger, Rabat et Madrid dans les quatre tronçons du gazoduc.

Le passage par son territoire rapporte au Maroc avec environ 800 millions de mètres cubes de gaz naturel pour couvrir une partie de ses besoins énergétiques, plus un montant de commissions qui avoisine les 7 % et représente environ 200 millions d’euros par an.

Conscient de cette situation, et bien que le gazoduc ne soit pas aussi vital pour sa stratégie énergétique qu’il n’y paraît pour l’Algérie et l’Europe, «le Maroc a pris des mesures ces dernières années pour étayer ses propres besoins de sécurité énergétique», a-t-on annoncé.

«Le Maroc a donné un coup d’accélérateur à des projets en faveur des énergies renouvelables locales par exemple, et travaille également sur un éventuel plan d’importation de GNL, via une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU)», explique l’analyste énergétique Ed Reed, expert de la Région.

Outre le GME, géré par la société «Europe-Magreb Pipeline (EMPL)» – à laquelle participent le groupe espagnol Naturgy et l’énergéticien portugais Transgas, ainsi que la SNPP marocaine et la Sonatrach elle-même -, l’Algérie fournit du gaz à l’Espagne et vers l’Europe par un autre gazoduc qui part du même désert et traverse la Méditerranée pour se terminer à Almería.

Gérées par Sonatrach et Naturgy, les deux sociétés travaillent ensemble pour augmenter leur capacité de 2 milliards de mètres cubes par an d’ici fin 2021, un montant qui ne compenserait en aucun cas une éventuelle fermeture du gazoduc Maghreb Europe.

L’Algérie perdrait ainsi la possibilité d’envoyer près de 6 000 millions de mètres cubes de gaz par an vers l’Europe, ce qui causerait de graves dommages à son économie fragilisée, totalement dépendante des énergies fossiles : le pétrole et le gaz représentent 95% de ses exportations annuelles.

«Derrière les positions diplomatiques belliqueuses algériennes, les négociations se poursuivent. Alger ne peut pas se passer des services de son voisin, du moins pour le moment», assurent des sources diplomatiques à EFE.

Le Maroc est enclin à ouvrir le gazoduc à d’autres partenaires afin de bénéficier de l’impulsion des entreprises européennes, tandis que l’Algérie trouve peu d’alternatives, puisque son engagement auprès des méthaniers à travers Hyproc, la filiale de transport maritime de Sonatrach, ne suffit pas non plus à compenser le trou économique qu’entraînerait la possible fermeture du GME.

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